Partager l'article ! chaudoudoux ou froidpiquants...: Avec les chaudoudoux, le public est immédiatement transporté dans un monde imaginaire. Tous les ingr ...
Avec les chaudoudoux, le public est immédiatement transporté dans un monde imaginaire. Tous les ingrédients du conte traditionnel sont réunis: un petit village champêtre et plein de couleurs, des personnages habillés comme dans les histoires de notre petite enfance, une sorcière qui ressemble à une sorcière, habitant une vieille cabane inquiétante, emplie de toiles d'araignée, de fioles et de chaudrons...
Le décor, les costumes, le village représentent l'image d'épinal qui vit dans le coeur de chaque enfant (de 0 à 120 ans...): cet univers plein de couleurs vives et de bonheur renvoie chaque spectateur à sa petite enfance, aux tout premiers moments de la vie; là où le monde n'est fait que d'amour et de tendresse, un monde chaud, doux, doux...
Nous avons tous, au fond de notre mémoire, une petite flamme qui maintient vivante en nous la nostalgie de ce paradis perdu, un état de bonheur que chacun cherche à sa façon à retrouver à travers ses projets de vie. Le parti-pris de conserver la structure traditionnelle du conte a pour but de projeter le spectateur dans cet état de conscience "originel". Chacun se trouve ainsi relié à sa quête intime et essentielle...
Dans ce monde, lorsque le bébé a faim d'amour ou du lait maternel, il appelle et on lui donne. Et l'enfant nous donne toute la puissance de son amour et l'adulte est heureux et il donne sans compter parce qu'il aime. C'est le monde originel des chaudoudoux.
Nous n'avons généralement aucun souvenir de notre vie de bébé. Mais en présence d'un bébé nous réactivons cet état idyllique. Nous pourrions aussi réactiver cette souffrance immense du bébé qui hurle parce qu'il a faim, qu'il a besoin d'amour, qu'il se sent abandonné... Etrangement, cela semble extérieur à nous. Extérieur parce que les "méchants" (la sorcière, le loup, l'ogre, le diable...) de nos histoires d'enfant jouent ce rôle d'incarner, de porter la souffrance et donc d'alléger la notre...
Dans cette histoire, la sorcière incarne le rôle du commerce. Son objectif c'est de vendre ses fioles et ses philtres. Mais, dans une société de partage et d'abondance que représente le monde des chaudoudoux, "donner et recevoir" sont des valeurs nuisibles pour le commerce de la sorcière. C'est ainsi qu'en semant le doute et la peur de manquer, elle va tarir la corne d'abondance du don et de la générosité. Ainsi le commerce des philtres prend son essor, mais comme personne ne peut vivre sans chaudoudoux, elle invente le"froid-piquant". Nous entrons alors dans le monde de la télévision ou l'illusion de la relation: ça me parle et même si c'est froid et piquant ça me permet de vivre la solitude sans me "ratatiner", sans mourir... "c'est mieux que rien !"
Les gens ne meurent plus, mais ils n'échangent plus que des "froid-piquants". Le monde a pris cette lumière bleu-morbide que l'on peut voir clignoter en rythme, à travers les fenêtres des cités lorsque tombe la nuit...
Les ténèbres ont envahi le monde...la lumière reviendra de l'extérieur, par la "cousine du bout du monde". Ignorante et insensible au poison de la peur et de l'égoïsme distillé par la sorcière, elle arrive pétillante et gaie et se met à distribuer les chaudoudoux à tours de bras, réamorçant ainsi les valeurs de partage, de tendresse, de don.
L'histoire se termine par le nécessaire choix que chacun d'entre nous doit accomplir dans sa vie: froid-piquant ou chaudoudoux...
Conte initiatique en quelque sorte, "les chaudoudoux" a pour ambition de mettre en lumière notre mode de relation aux autres et d'en montrer les conséquences directes sur soi, sur les autres, sur le monde. C'est une histoire qui, à travers les archétypes qu'elle véhicule, permet au jeune spectateur de se positionner sur ce qui fonde tout être humain: la relation. Nous sommes viscéralement des êtres de relation et de la façon dont nous envisageons et exerçons nos relations avec les autres, va dépendre notre épanouissement et notre joie de vivre.
Si la forme que nous avons choisie est conçue pour des enfants, le fond de l'histoire est sans âge et s'adresse autant aux parents
qu'aux enfants.
Jean-Claude Lequesne